Le carburant est devenu une affaire qui regroupe les pompistes et les porteurs d’uniformes. Certains policiers se complotent avec les pompistes des stations-service contre les chercheurs de carburant dans le rang. Les autorités de la transition devront mettre des contrôles qui seront eux aussi contrôlés par d’autres plus désintéressés du carburant ou de l’argent. Il se passe une magouille énorme autour des stations-service.
Hier, à la station qui est vers le quartier Daoudabougou sur la route du pont-tordu, les gens ont passé la nuit pour chercher le carburant. D’autres sont venus dans la matinée très tôt pour formuler le rang. Il se trouve que la citerne a été déchargée dans la nuit vers zéro heure devant même certaines personnes qui ont formulé directement le rang. Les pompistes les ont informés que le travail commence dans la matinée très tôt. Certains sont rentrés, d’autres sont restés en craignant de perdre leur première place dans le rang.
Cependant, le travail a commencé dans la matinée comme ça a été dit dans la nuit. Moi-même, journaliste contrôleur indépendant, je suis venu à 9 heures moins du matin. Et je commençais mes inspections pour mieux comprendre. Je commençais d’abord à me mettre avec ceux qui rangent les rangs. Nous avons rangé les bidons pour tout le monde. Soudain nous voyons un homme en tenue civile qui est venu, il a été présenté comme un commissaire de police par les pompistes, il est devenu maitre du lieu. Il a commencé ses réunions avec le gérant et les autres pompistes sur place. Vers 11 h, un véhicule rempli de policiers est venu sur place. Ils ont commencé à chasser tous ceux qui portent les bidons. Après ils ont jeté tous les bidons des gens. Et la magouille des pompistes a commencé, ils prennent de l’argent avec certaines personnes pour remplir leurs bidons de 20 litres dans d’autres bidons. « J’ai donné mon argent, 5000 F, et il a refusé de remplir mon bidon », a expliqué une maman au commissaire sur place. Or le bidon en question est un bidon de quatre litres. Mais ce dernier n’a rien dit. Automatiquement, un parmi les pompistes a commencé à informer les autres. Vous voyez, une dame a informé le commissaire qu’elle a donné de l’argent, donc, il faut faire attention. Il y a un monsieur qui est sous le hangar, en train de créer : « J’ai donné mon argent pour remplir mon bidon et il n’a pas été rempli et je n’accepte cela. » D’autres pompistes murmurent sous le hangar, en lui demandant de donner son bidon pour être rempli. En le suppliant de cesser de créer.
Vers 16 h, un bruit s’éclate entre les policiers et un jeune qui a voulu se sacrifier parce qu’il a manifesté sa colère contre la présence de policiers. Ils l’ont pris et l’ont jeté dans leur pick-up pour l’amener au commissariat, en disant qu’il a tenu tête à un policier. Une dernière réunion a été tenue dans la maison du gérant. En sortant, ils ont demandé à tous les pompistes de remplir deux bidons de 20 litres. Moi, un journaliste curieux que je suis. Je me suis posé la question : un pompiste fait quoi avec deux bidons de 20 litres s’il ne va pas vendre ?
Soudain, le pick-up qui a amené le gars est retourné sur les lieux avec les bidons. Le maitre du lieu a informé que ce sont des bidons du commissariat (j’ai dit que le maitre du lieu et le commissaire en tenue civile). Ils ont été remplis (bidons) et toutes les motos de policiers sur place sont remplies et prêtes à partir. Je suis allé auprès des pompistes et je posais la question : « Vous les pompistes, vous allez faire quoi avec deux bidons de 20 litres chacun, or les gens sont là à chercher l’essence » ? Parmi eux, un a dit qu’il a sa femme à la maison et son enfant ainsi que les groupes de son champ. L’autre a expliqué qu’il a deux voitures chez lui. En étonnant, j’ai dit : « Vous, pompiste, deux voitures ! Que faites-vous avec deux voitures en tant que pompiste ? Donc, bref, j’étais là-bas jusqu’à 20 h dans la nuit et finalement beaucoup ont passé la nuit et le jour sans avoir l’essence à cause de la magouille des pompistes accompagnés par les policiers.
Il faut bien noter que le carburant est très mal distribué, sinon même si il n’y en a pas assez à Bamako, il y en a un peu, et si c’est bien distribué on peut s’en sortir. Mais lorsqu’un bidon de 20 litres est vendu à 100 000 F ou un bidon de Diago est vendu 7 500 F, où est-ce qu’on va ? Et je rappelle que les pompistes sont derrière beaucoup de ces bidons ainsi que certains porteurs d’uniformes.
Amadou Sala TOURE