NOS ARMÉES FACE AU TERRORISME: et si on se battait sur le mauvais terrain?

James Carse a écrit un excellent ouvrage intitulé Finite and Infinite Games (Jeux finis et jeux infinis). Les jeux finis ont des règles fixes, des gagnants et une fin. Les règles sont préétablies et respectées par les équipes participantes. Exemple : un match de football.

Les jeux infinis n’ont pas de fin définie, le but est de continuer à jouer. Les règles ne sont ni préétablies ni respectées par les équipes. Dans les jeux finis, on joue pour gagner, tandis que dans les jeux infinis, on joue pour que le jeu continue.

Nous pourrions transposer ces deux concepts dans certains événements du passé et du présent comme grille d’analyse. L’exemple du passé peut être pris sur la mésaventure des Américains au Vietnam entre 1965 et 1973. Dès le début de la guerre, les Américains étaient dans une dynamique de remporter une victoire et de mettre fin au conflit. Pendant ce temps, les Vietnamiens se battaient pour leur survie. Ils se battaient pour rester en vie; ils se battaient pour épuiser leur adversaire, pas forcément pour gagner. Les Américains ont adopté une attitude de joueur fini, tandis que le Vietnam était dans une dynamique de joueur infini.

Résultat: les Américains, malgré les pertes énormes qu’ils ont infligées aux Vietnamiens, ont été frustrés et épuisés par la prolongation inattendue de la guerre. Nixon a finalement opté pour un cessez-le-feu immédiat en mars 1973, et le Vietnam a considéré cela comme une victoire historique pour sa libération nationale.

Au Sahel, nos armées jouent pour gagner, tandis que les GAT jouent pour faire durer le jeu. Nos armées semblent avoir les objectifs d’un joueur sur un terrain de jeu fini. Or, lorsqu’un joueur du jeu fini affronte un joueur du jeu infini, le jeu est déséquilibré, du fait que les deux ne poursuivent pas les mêmes objectifs en terme de durée du match. Les GAT ont des agendas dignes d’un joueur sur un terrain de jeu infini.

Ce qu’il nous faut, c’est un changement de regard porté sur cette guerre asymétrique. Nous devons adopter l’attitude d’un joueur infini en rejoignant les GAT sur leur terrain de jeu préféré. C’est notre capacité à nous adapter, à penser à long terme, et à préparer les esprits au fait que cette guerre va durer longtemps, qui réduira la frustration. De plus, il ne s’agit pas seulement de gagner une bataille, mais de construire un système socioéconomique et politique qui ne laisse pas de place aux GAT.

C’est cette attitude d’un joueur évoluant sur un terrain infini qui nous permettra de nous adapter le plus rapidement possible aux différentes stratégies horribles des GAT. La victoire contre le terrorisme ne sera pas une victoire classique, mais la capacité de nos armées et populations à s’adapter activement aux jeux de l’autre, afin que l’objectif des GAT qui consiste à faire durer le jeu devienne coûteux et insoutenable.

Abdoul Razak Touré

Sahel Peace & Development Lab

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