Afrique : la protection des présidents Goïta, Traoré et Tiani, une responsabilité des peuples

Les présidents de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) doivent être protégés par les peuples africains. L’histoire du continent démontre que de nombreux dirigeants africains ayant voulu affirmer une souveraineté réelle et défendre les intérêts de leurs peuples ont été victimes d’assassinats, souvent avec la complicité d’acteurs internes et de puissances étrangères.

Le cas emblématique de Patrice Emery Lumumba, ancien Premier ministre et ministre de la Défense nationale de la République du Congo, reste gravé dans la mémoire collective africaine. Assassiné le 17 janvier 1961, Lumumba a payé de sa vie son engagement panafricaniste et sa ferme volonté d’exercer pleinement la souveraineté politique du Congo, fraîchement indépendant. Son discours historique du 30 juin 1960, prononcé devant le roi des Belges Baudouin, avait clairement dénoncé les souffrances du peuple congolais sous le régime colonial et affirmé que l’indépendance n’avait pas été octroyée, mais conquise par la lutte.

Dans ce discours resté célèbre, Lumumba déclarait notamment :
« Cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, nul Congolais digne de ce nom n’oubliera qu’elle a été conquise par la lutte, une lutte noble et juste, faite de sacrifices et de souffrances. »
Ces paroles ont scellé son destin. Il fut ensuite assassiné, son corps dissous dans de l’acide, à la suite d’une trahison interne incarnée par Mobutu Sese Seko, illustrant une constante de l’histoire africaine : l’élimination de leaders souverainistes par l’instrumentalisation de frères contre frères.

Ce schéma s’est répété avec Thomas Sankara, président du Burkina Faso, assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou par son compagnon d’armes Blaise Compaoré. Sankara incarnait une vision panafricaniste audacieuse, fondée sur l’autonomie, la dignité et la mobilisation populaire. Il affirmait :
« Une jeunesse consciente est une force capable de transformer la société » et
« Le système néocolonial tremble lorsque le peuple devient maître de sa destinée. »
Pour lui, seule la lutte permettait une libération véritable.

Le même sort a été réservé à Muammar Kadhafi, dirigeant libyen, assassiné le 20 octobre 2011 près de Syrte, à la suite d’une intervention militaire de l’OTAN. Kadhafi portait une vision panafricaine ambitieuse, prônant l’unité africaine, la démocratie directe et la rupture avec la domination néocoloniale. Des projets structurants comme le Grand Fleuve Artificiel visaient à garantir l’accès à l’eau à tous les citoyens libyens et à renforcer l’autonomie du pays.

Face à ces précédents tragiques, les peuples africains ont aujourd’hui la responsabilité historique de protéger les dirigeants de l’AES : le général d’armée Assimi Goïta, le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de l’AES, et le général d’armée Abdourahamane Tiani. Ces dirigeants incarnent, pour une large frange de l’opinion africaine, un espoir de rupture avec les systèmes de domination extérieure et de reconquête de la souveraineté politique, économique et sécuritaire.

Les campagnes de désinformation, de déstabilisation et de diabolisation visant ces chefs d’État rappellent les stratégies utilisées contre d’autres leaders africains avant leur élimination. L’histoire récente montre également que des dirigeants comme Idriss Déby Itno, assassiné le 20 avril 2021 au Tchad, ont payé le prix de leur volonté d’émancipation face à certaines influences étrangères.

Aujourd’hui encore, des tentatives de division interne sont observées, opposant des Africains entre eux afin d’affaiblir les États et de renverser leurs dirigeants, au profit d’intérêts extérieurs. Face à cette réalité, la vigilance populaire devient une nécessité. Les peuples africains doivent assumer leur rôle de rempart, à l’image de certaines nations où la mobilisation populaire a permis de faire échec aux tentatives de déstabilisation institutionnelle.

L’histoire enseigne que presque tous les leaders africains ayant revendiqué une indépendance réelle ont été assassinés, souvent de manière brutale, par la complicité de forces internes ou externes. Lumumba, Sankara, Kadhafi et tant d’autres en sont les symboles. Il appartient désormais aux Africains de tirer les leçons du passé afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Protéger les dirigeants engagés pour la souveraineté, c’est protéger l’avenir de l’Afrique.

Amadou Sala Touré

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