FEMAFOOT : interpellation du Secrétaire général Sidy B. Magassa pour usurpation de fonction

Interpellé le jeudi 15 janvier 2026 pour usurpation de fonction, le Secrétaire général de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), Sidy Bekaye Magassa, se retrouve au cœur d’un dossier judiciaire et administratif aux multiples ramifications. Cette affaire met une nouvelle fois en lumière la profonde crise de gouvernance que traverse l’instance dirigeante du football malien.

Selon plusieurs sources concordantes, Sidy Bekaye Magassa tenterait de justifier la légitimité de sa fonction en s’appuyant sur une prétendue décision du Comité exécutif, la Décision n°004/2023-2024/CE-FEMAFOOT, signée le 13 octobre 2023 par le premier vice-président de la FEMAFOOT, Moussa Sylvain Diakité. Or, cette décision est aujourd’hui fortement contestée au regard des statuts et règlements en vigueur.

En effet, conformément à l’article 7.3 du règlement d’application des statuts de la FEMAFOOT, seul le Président élu dispose de la prérogative de constituer un Comité exécutif et de procéder aux nominations au sein des organes fédéraux. Le texte précise notamment que : « Après concertation avec les membres élus, le Président nomme les Présidents, Vice-Présidents et les membres des Commissions centrales permanentes. »

Or, au moment des faits, le Président de la FEMAFOOT, Mamoutou Touré dit “Bavieux”, se trouvait en détention à la Maison d’arrêt centrale de Bamako, d’où il avait pourtant été réélu. Une situation qui, selon plusieurs juristes spécialisés en droit du sport, le plaçait dans l’incapacité de poser des actes administratifs, en dehors des procédures judiciaires le concernant.

Dans ces conditions, la constitution d’un Comité exécutif — préalable indispensable à toute nomination — apparaîtrait juridiquement impossible. À plus forte raison, la nomination d’un Secrétaire général et de son adjoint ne pouvait intervenir, conformément à l’article 70.1 des statuts de 2021, qui stipule clairement : « Le Secrétaire général est nommé par le Comité exécutif de la FEMAFOOT sur proposition du Président. »

Absence de notification et de procès-verbal

Autre élément troublant relevé dans ce dossier : aucune notification officielle de la nomination de Sidy Bekaye Magassa n’aurait été adressée aux membres de la Fédération depuis l’élection de Mamoutou Touré en 2023. Plus grave encore, aucun procès-verbal ne viendrait attester la tenue d’une réunion du Comité exécutif ayant statué sur la mise en place d’un Secrétariat général en octobre 2023.

Or, l’article 47.9 des statuts impose que chaque réunion du Comité exécutif fasse l’objet d’un procès-verbal, signé et transmis aux membres avant la session suivante. À ce jour, aucun document de ce type n’aurait été produit pour étayer la légalité de la procédure.

Une affaire de désinformation portée jusqu’à la FIFA

L’interpellation de Sidy Bekaye Magassa s’inscrit également dans le cadre d’une enquête portant sur une information jugée mensongère transmise à la FIFA le 13 janvier dernier. Il lui est reproché d’avoir affirmé que des membres récemment démissionnaires du Comité exécutif auraient été contraints à la démission sous pression, une version des faits aujourd’hui largement contestée.

Contrairement à la thèse défendue par le camp de Mamoutou Touré, selon laquelle ces démissions résulteraient de pressions exercées sur des fonctionnaires de l’État plusieurs éléments viennent infirmer cette narration. Des personnalités telles que Toubaye Koné, premier vice-président (magistrat), et Aminata Sogodogo, agente à la Direction nationale des sports et de l’éducation physique (DNSEP), tous deux fonctionnaires, ne figurent pas parmi les démissionnaires.

À l’inverse, plusieurs membres ayant effectivement quitté leurs fonctions Sékou Maciré (président de la Commission centrale des jeunes), Djila Aïssata Diallo (présidente de la Commission technique et développement), Abdoulaye Konaté (président de la Commission centrale des médias) ou encore Dramane Danté (président de la Commission centrale des arbitres) — ne sont pas des fonctionnaires de l’État, contredisant ainsi la thèse d’une démission forcée orchestrée par les autorités publiques.

Une accusation supplémentaire de falsification

Enfin, Sidy Bekaye Magassa est également accusé de falsification d’un acte de l’Assemblée générale de la FEMAFOOT du 17 mars 2025, notamment en lien avec l’article 38.10 des nouveaux statuts, présentés par ses détracteurs comme ayant été taillés sur mesure afin de renforcer le pouvoir de Mamoutou Touré. Une accusation lourde de conséquences, susceptible d’aggraver sa situation judiciaire.

Alors que l’enquête suit son cours, cette nouvelle affaire accentue la fragilisation de la FEMAFOOT, déjà minée par des conflits internes persistants. Elle relance surtout le débat sur la nécessité urgente d’un retour à la légalité statutaire et à une gouvernance transparente, conditions indispensables pour restaurer la crédibilité du football malien sur les scènes nationale et internationale.

Par Kibili Demba Kouyaté Sèke-Si, Stagiaire

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