Le 28 janvier 2026, la Cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a rendu un arrêt qualifié d’historique, annulant les sanctions imposées au Mali en janvier 2022. Cette décision ouvre officiellement la voie à d’éventuelles réparations.
Dans son arrêt, la Cour a confirmé que les sanctions, notamment le gel des avoirs à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le blocage des échanges commerciaux, ne reposaient sur aucune base juridique prévue par les traités de l’Union. En déclarant ces mesures illégales, la juridiction communautaire transforme ainsi la simple levée des sanctions en une reconnaissance de faute de la part de l’organisation sous-régionale.
L’arrêt ne se limite pas à l’annulation des décisions passées. Il constitue désormais un fondement juridique permettant au Mali de réclamer des dommages et intérêts pour les préjudices économiques et humanitaires subis durant la période des sanctions. Cette victoire judiciaire intervient à un moment symbolique, alors que l’Alliance des États du Sahel (AES) célèbre son deuxième anniversaire, renforçant davantage la position de Bamako face aux institutions régionales.
Réactions citoyennes
Selon Bourama Touré, internaute résidant en France, « les organisations sous-régionales et régionales ne sanctionnent pas les chefs d’État qui refusent de se plier à leurs jeux politiques, mais plutôt les peuples, à travers des sanctions économiques et des blocus ». Il estime que ces mesures ont contraint des milliers de personnes à l’exil et en ont condamné d’autres à une précarité extrême, voire à une mort quasi certaine.
De son côté, Kadiatou Cissé, étudiante en droit au Burkina Faso, dénonce ce qu’elle qualifie d’« impérialisme », qu’elle juge être « une idéologie perverse ». Selon elle, « le jour, il se pare d’un discours moralisateur, mais dans l’ombre, il exerce une violence systémique et sans précédent contre les populations vulnérables ».
À Tombouctou, Sidy Ag Aroune estime que les autorités de la Transition « avaient raison de quitter la CEDEAO avec effet immédiat ». Il soutient que cette décision relevait d’une anticipation responsable face à des sanctions qu’il qualifie d’illégitimes, illégales et inhumaines, infligées, selon lui, sans fondement juridique.
Balla Djiguiné, internaute malien, se souvient quant à lui de la période initiale des sanctions : « J’ai été impressionné par la promptitude de la République sœur de Guinée, qui a mis ses infrastructures portuaires à la disposition du Mali pour soutenir le peuple malien », a-t-il rappelé.
Une décision tardive ?
Si l’arrêt de la Cour de justice de l’UEMOA marque une avancée juridique majeure pour le Mali, certains s’interrogent néanmoins sur le timing de cette décision. Arrive-t-elle trop tard, alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont déjà choisi de prendre leur destin en main à travers l’Alliance des États du Sahel (AES) ?
La question reste ouverte, mais une chose est certaine : cette décision judiciaire constitue un précédent important dans les relations entre les États et les organisations sous-régionales.
Par Kibili Demba Kouyaté, Sèke-sy (stagiaire)